MANIFESTATIONS SPORTIVES ET SENTIMENT NATIONAL

By gb

MANIFESTATIONS SPORTIVES ET SENTIMENT NATIONAL

A propos d’un match de rugby…

La mobilisation des esprits autour du match de rugby France /Nouvelle Zélande, l’identification à un groupe de « héros » ( quant ils gagnent), la charge émotionnelle placée dans ce combat symbolisant des « vertus françaises » et l’écho énorme rencontré par cette manifestation ouvrent la question de ce qui est mis en jeu dans ces manifestations du sentiment national ,sur un mode tellement affectif.

Plusieurs idées peuvent se dégager :

L’identification collective à des « vertus nationales » ( courage guerrier, combativité, inspiration opposée à la simple force physique) produit une réappropriation de valeurs qui résonnent chez les individus. L’histoire de France est remplie d’exemples d’héroïsme, de dévouement collectif qui ont imprégné l’inconscient de chacun, contribué à modeler les idéaux, inscrit les contours de vertus nationales (courage guerrier, panache, esprit frondeur,attachement aux libertés, variété et complémentarité des types humains). Ces exemples ont produit une grandeur historique et un mode d’être qui ont joué un rôle dans le modelage de l’humanité.

Le sport apparaît alors comme une revanche sur la baisse objective de l’importance du mode ( ou du modèle) français dans l’évolution du monde, malgré la lutte menée pour ne pas s’incliner .(Cela dit, les mêmes manifestations émotionnelles existent dans des pays qui ne sont pas confrontés à une phase de déclin)

Il y a également une nostalgie des moments historiques ou toute une nation bande ses forces dans une épreuve décisive ( guerre, politique économique,défense de certaines conceptions).C’est justement parce que la mobilisation des forces paraît impuissante face à l’ordre économique qui la domine que cette nostalgie s’exaspère.

Or une part de l’identité de chacun est engagée dans ce qui nous a été , tout au long de notre apprentissage de l’histoire de France à l’école, présenté comme une image des Français aux yeux de l’Histoire Universelle, image dont nous bénéficions, mais envers laquelle nous avons également une dette.

I l y a là un patrimoine commun, dont nous touchons une part petite, mais très importante car elle participe à l’image humainement valorisée que nous recevons à notre arrivée dans le monde, à charge pour chacun de ne pas la transmettre diminuée aux générations suivantes.

Lors de la distribution des qualités et des défauts, des chances et des malchances, que la Providence effectue à chaque naissance,personne n’a tous les avantages ;mais chacun peut s’appuyer sur ces « qualités » individuelles (intelligence,force,beauté, caractère, habileté,etc.. ), mais aussi sur des qualités collectives (statut et qualités des parents, réputation de la famille, représentations concernant un pays, etc..) qui constituent un avantage identitaire,et surtout un préjugé favorable qui peut être un atout important dans l’existence (les enfants « sympathiques » ont ainsi, statistiquement, des meilleurs résultats scolaires que les autres.)

L’Histoire personnelle est intriquée avec l’Histoire collective, pour le meilleur et pour le pire( voir les soubresauts du 20 éme siècle), mais aucune ne peut se réduire à l’autre dans la constitution de l’identité de chacun

L’identité personnelle ne se réduit pas au « Volksgeist » (c’est à dire l’esprit d’un peuple ou l’âme d’une Nation),même si elle en est influencée. Nous ne choisissons pas les données culturelles qui nous précèdent et dans lesquelles nous baignons, qui nous nourrissent, mais à partir d’un certain âge, nous choisissons les valeurs auxquelles nous accordons la priorité., de la même façon que pour Freud , « Là ou Ca était, Je dois advenir »( et non pas , « Nous » doit advenir.)

L’image qui conviendrait peut être le mieux,est celle de la trame et de la chaîne dans une pièce tissée. Là comme dans beaucoup d’autres domaines, la réduction à une cause unique est créatrice de mutilation intellectuelle , de fautes de raisonnement (cf la fable de l’ours et du jardinier dormeur dont il écrase la tête pour le débarrasser d’une mouche),et à terme, de violences exercées au nom d’une vérité unique.

L’exaltation émotionnelle qui accompagne l’identification au collectif national (éprouvé plus ou moins fusionnel) fait vibrer cette dimension historique de l’identité.

Le Moi s’élargit, par identification à un groupe valeureux et de là , par procuration , à un peuple valeureux aux yeux de l’humanité entière .

Une autre dimension de cet élan émotionnel, c’est le sentiment de « réunification » qui s’établit dans la prise de position de défense d’une équipe.

Quelque chose est éprouvé d’une transcendance par rapport à toutes les dimensions d’opposition entre les personnes, à toute la conflictualité sociale et politique.(Ce qui fonde une société par la décision de vivre ensemble, malgré les différences et les conflits d’intérêt). Quelque chose se représente de la suprématie du choix d’être ensemble sur ce qui divise, et se symbolise dans l’affect porté sur ces « hérauts » de la collectivité.

C’est évidemment dans une période comme celle d’aujourd’hui, ou l’unité de la société est menacée par la marginalisation possible de certaines de ses fractions,que ces inquiétudes suscitent un désir de réunification symbolique plus marqué que il ne l’est ordinairement.

C’est le plus petit dénominateur commun qui est exalté et idéalisé dans ces moments de ferveur. Ce noyau commun,communauté de destin pour l’avenir, communauté d’histoire pour le passé,foyer commun de mythes, de références dans l’éducation , crée une dépendance et une solidarité de fait , un sentiment de similarité et d’appartenance qui se colore d’affectivité, comme tous les liens noués dans une existence (solidarité de groupe d’âge dans les années scolaires, camaraderies sportives ou associatives,liens de confraternité professionnels, etc…

Ainsi, l’élan identitaire -et identificatoire – qui se manifeste dans ces rencontres sportives est il au point d’équilibre entre la crispation nationaliste, qui tourne au rejet de l’Autre et à la haine envers lui, et le rejet de tout sentiment national, né de la négation de la dimension collective du sentiment d’identité qui médiatise l’interdépendance entre les humains et leur solidarité.

A l’opposé de tout communautarisme, qui est négation de l’individu et de sa liberté au profit d’un groupe, l’identité nationale prend en considération un lien historique qui n’est pas un ordre établi ou une tradition exigeant la soumission et l’abandon d’une pensée personnelle, mais un foyer de valeurs, de qualités, et de reconnaissance des liens nécessaires pour faire advenir la solidarité entre humains

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