Archives pour novembre 2007

LES ISRAELIENS ET LA RELIGION

novembre 27, 2007

D’après un article du Jerusalem Post du 25/11/2007.

Selon un sondage publié le 22 novembre par le centre Guttman de l’Institut israelien de la démocratie, les populations religieuses et traditionnelles sont en hausse, tandis que le secteur laïque diminue de façon drastique.

Les Israeliens qui disent ne pas observer les traditions religieuses sont de moins en moins nombreux, notamment depuis la dernière decennie, avec seulement un cinquième de la population. En 1974, après la guerre de Kippour, 41 % des Israeliens se disaient laïques..

L’étude a noté l’importante corrélation entre l’âge et la religiosité. Elle montre que les jeunes Israëliens , sont plus religieux que les plus âgés. 39 % des Israeliens de moins de 40 ans se disent religieux, contre 32 % pour les personnes âgées de 40 à 49 ans, et 30 % pour les plus de 60 ans.

Par ailleurs, une majorité de juifs sépharades se disent religieux, contre une minorité d’ashkénases (17 %).

SIMONE VEIL: UNE FEMME DE COURAGE ET D’OUVERTURE

novembre 26, 2007

Compte rendu de lecture de sa biographie parue chez Stock: “Une vie”.

La biographie de Simone Veil est un document passionnant sur la trajectoire d’une femme, survivante d’Auschwitz, ministre à deux reprises, inspiratrice et défenseur d’une loi sur l’avortement qui a révolutionné la condition des femmes en France, membre du Conseil Constitutionnel ,puis de la HALDE, pratiquement une des rares politiques à être restée après son passage par l’excercice du pouvoir une autorité morale incontestée et une conscience respectée de pratiquement tous les bords, ainsi qu’une personnalité aimée et admirée.

Issue d’une famille juive installée en France depuis le 18 ème siècle, élevée de façon rigoureusement laïque, elle explique dans son livre son positionnement vis à vis de cette origine par le fait que elle était “amoureuse de la France”. Israël semble avoir tenu peu de place dans son univers, sinon comme foyer de refuge pour les survivants de la Shoah privés de lieu d’existence supportable.

Son caractère apparaît forgé très tôt, quand , à 16 ans et demi, à Auschwitz, une kapo lui proposant , touchée par sa jeunesse et sa beauté, de la sauver en lui évitant les tâches les plus dures et en lui donnant accès aux cuisines et donc à la nourriture, elle refuse si la proposition n’est pas étendue à sa mère et à sa soeur… ce que la kapo accepte.

Elle défendra ensuite avec énergie une conception de l’attitude des Français pendant la guerre à l’opposé du tableau méprisable (tous collabos,tous dénonciateurs) dressé par une tendance historienne qui prenait le contre-pied du tableau idéalisant (tous résistants) de l’immédiat après guerre.

En particulier, elle rapporte comment elle s’est opposée au passage à la TV du “Chagrin et le Pitié”, à cause du tableau inexact et complaisamment dénonciateur et négatif qu’il dressait de la France pendant l’occupation, alors que 75 % des juifs français ont échappé à la mort, (chiffre le plus élévé en Europe), et cele en grande partie grace au soutien plus ou moins actif de la population ou de parties de l’administration.

Elle critique également ceux qui ont accusé les Alliés de crime en ne bombardant pas Auschwitz en disant que les Alliés ont eu raison de ne pas cesser de privilégier l’effort pour finir la guerre au plus vite,dans la course à l’arme atomique avec l’Allemagne , et devant le peu d’efficacité des quelques tentatives qui ont eu lieu.

Elle critique aussi vertement Hannah Arendt , et son compte rendu du procès Eichmann, où celle-ci a développé sa thèse de “la banalité du mal”, ce qui conduit pour elleà “tous coupables= personne vraiment coupable”.

Le portrait qui se dégage est celui d’une femme passionnée par son métier et son action de réforme et d’amélioration des institutions en France, aspirée par le monde de la politique en lisière duquel elle fonctionnait (dans les cabinets ministériels) , poursuivant la recherche de ses idéaux démocratiques, européens et sociaux , reconnue pour sa stature éthique et son exigence , refusant de se plier aux jeux politiciens et de rechercher toujours plus de pouvoir.

Sa trajectoire montre la constance d’une préoccupation sociale et moderniste, détachée d’un milieu d’origine bourgeois et conservateur, tout en se gardant des illusions et des incompétences de certains milieux de gauche . Elle parle avec modération et compréhension de Mai 68, et a toujours manifesté une extrême défiance à l’égard du gaullisme, autoritaire et souverainiste, même si elle apporte son soutien à Sarkosy, représentant à ses yeux de cette modernité qu’elle a toujours apprécié chez ses amis politiques.

La noblesse de caractère et l’ouverture d’esprit sont assez rares dans le monde politique pour que , quand quelqu’un allie les deux, on lui tire son chapeau.

JUSTICE ISLAMIQUE ET DROITS DE L’HOMME

novembre 24, 2007

(d’après un article du Monde du 24/11/2007 de Pauline Maisonneuve)

La justice d’Arabie Saoudite vient de condamner à 6 mois de prison et 200 coups de fouets une jeune saoudienne victime d’un viol collectif en 2006 .

Ses agresseurs ont été condamnés à des peines de 2 à 9 ans de prison, peines très faibles dans un pays où le viol est passible de la peine de mort. Le tribunal a expliqué que si la jeune femme n’avait pas été seule avec un un homme qui n’était pas un homme de sa famille( qui a été également agressé), le viol n’aurait pas eu lieu . Aux Etats Unis, les principaux candidats démocrates à la présidentielle, ont dénoncé ce jugement, qualifié de “rupture honteuse avec les droits de l’homme les plus fondamentaux”. Georges Bush a demandé au roi Abdallah d’annuler les poursuites contre la jeune femme. La France et les pays européens ont entrepris des démarches de leur côté

ALAIN FINKIELKRAUT: TOUJOURS PLUS D’ENRACINEMENT, TOUJOURS MOINS DE LUMIERES ?

novembre 22, 2007

La parution de l’entretien de AF et P.Thibaud dans le monde du 11/11/2007 ou il se saisit de l’opportunité du débat sur l’évolution des rapports juifs/chrétiens après la Shoah pour exposer et résumer ses thèses peut être une occasion de faire le point sur les théories qu’il développe et qui sont au coeur même du débat ,explicite ou implicite dans le monde juif, sur la question de la fidélité, de la transmission, et du maintien de l’identité juive.

Dans son ouvrage,”La défaite de la pensée”, paru en 1987, il abordait déja ces questions du rapport des particularismes des cultures et de l’idéal universaliste, qu’il définissait comme l’opposition de l’esprit des Lumières, incarné dans la Révolution Française, et du Romantisme , en particulier allemand, et de sa passion du subjectivisme.

Identité culturelle et individualité

La critique féroce qu’il dressait des effets pervers de la décolonisation lui donnait l’occasion de montrer comment “le thème de l’identité culturelle qui permettait aux colonisés de se dégager de la dégradante parodie du colonisateur, en même temps, les déssaisissait de tout pouvoir face à leur propre communauté . Ils ne pouvaient prétendre se situer en dehors, à l’abri de ses impératifs, à l’écart de ses coutumes, puique c’était justement de ce malheur là qu’ils avaient voulu se délivrer en secouant le joug de la colonisation. Accéder à l’indépendance , c’était d’abord pour eux retrouver leur culture”.D’où l’attachement des états à veiller que nulle critique intempestive ne vienne troubler le “culte des préjugés séculaires”, et “au triomphe définitif de l’esprit grégaire sur les autres manifestations. “On ne se révolte pas contre soi” et “rendus à eux mêmes, les anciens colonisés se retrouvent captifs de leur appartenance, transis dans cette identité collective qui les avait affranchis de la tyrannie des valeurs européennes.. “A peine ont ils dit “Nous avons gagné” qu’ils perdent le droit de s’exprimer autrement que à la première personne du pluriel. “Nous, c’était le pronom de l’authenthicité retrouvée, c’est désormais celui de l’homogénéité obligatoire,c’était la naissance à elle même d’une communauté, c’est la disparition de tout intervalle et donc de toute confrontation entre ses membres. Il n’y avait pas de place dans la logique coloniale pour le sujet collectif,; il n’y a pas, dans la logique identitaire, de place pour l’individu”.

Critiquant le fameux livre de Frantz Fanon, “les damnés de la terre”,il relevait que F.F. place l’individualisme” au premier rang des valeurs ennemies “. Dans ce livre, les combattants, au lieu de cultiver stérilement leurs particularités, sont invités à s’immerger dans “la marée populaire”. “Abdiquant toute pensée propre, ils retournent dans le giron de leur communauté. La “pseudo-réalité individuelle” est abolie: chacun se retrouve pareil aux autres, porteur de la même identité. Le corps mystique de la nation absorbe les âmes; et AF conclut que” une nation dont la vocation première est d’anéantir l’individualité de ses citoyens ne peut pas déboucher sur un état de droit”.

Il concluait que dans le débat entre les deux idées de la nation qui a partagé la conscience européenne depuis la Révolution française, FF prend parti pour le “Volk” ,opposant à la société des individus le génie national, “l’affirmation échevelée d’une originalité posée comme absolu”, rejoignant par là l’idéologie des anti-Lumières qui sonnent le rappel de tous les adversaires de la révolution et de l’universalisme rationaliste qui triomphe avec la révolution.

Herder est le maître à penser de ce courant qui trouve un echo très favorable en Allemagne ou il sert de drapeau au nationalisme allemand furieux de voir l’hégémonie française s’imposer à l’Europe, militairement et idéologiquement. Les intellectuels allemands s’enrôlent dans le combat contre les idées de raison universelle ou de loi idéale. “Sous le nom de culture, il ne s’agit plus pour eux de faire reculer le préjugé et l’ignorance, mais d’exprimer, dans sa singularité irréductible, l’âme unique du peuple dont ils sont les gardiens.”

“Parallèlement, les penseurs traditionnalistes accusent les jacobins d’avoir profané par des théories abstraites le génie national…

Libérés de leurs attaches , les individus l’étaient aussi de l’autorité transcendante qui jusqu’alors régnait sur eux . La puissance ne venait plus du ciel,mais d’en bas de la terre, du peuple,de l’union des volontés qui formaient la collectivité nationale.

AF a parfaitement raison d’indiquer là ce qui est aux yeux des conservateurs le “péché originel”, “la présomption fatale d’où découle la dissolution de l’ensemble social.

C’est effectivement ce qui les met en rage , l’idée inouïe que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, les humains pourraient essayer de fonder une société non pas sur ce qui a toujours été,sur l’immuabilité d’une attribution des roles et des places, mais sur des aussi vieilles idées humaines que la justice, la raison, et si possible,la pensée libre appuyée sur la raison- qui n’est pas le rationalisme abstrait qu’ils caricaturent, mais une raison raisonnable,qui prenne en compte la réalité et les idéaux.

Ce qu’ils s’évertuent à démontrer comme impossible, une nation existant sans Dieu et sans Roi, est ce qui se développe sous leurs yeux ,et qui aboutit à la Démocratie,l’ horreur absolue pour eux, le sacrilège même.

Ce qu’ils affirment que l’on a jamais vu,unenation qui se donne son contrat, c’est ce qui se passe avec les constitutions successives, alors qu’ils continuent à affirmer, contrevérité évidente, que les constitutions , on ne les fabrique pas , on les trouve , que leur développement est spontané,organique et non intentionnel, que elles ne résultent pas d’un dessein clairement conçu par une ou plusieurs personnes.

Que penser, alors des constitutions françaises successives, et du débat sur les institutions. Que penser de la constitution israelienne, ou de celle des Etats Unis, et de tout ce qui est la place du politique dans l’évolution des sociétés.

Ce que les “contrerévolutionnaires “du 18 ème siècle et les anti Lumières qualifient de délire prométhéen,c’est la réappropriation par les humains de leur destin projeté hors d’euxmêmes dans les figures diverses et emboîtées de l’hétéronomie.
En fait pour eux, l’homme est le produit de son environnement ,et c’est folie de vouloir lui mettre entre les mains la responsabilité de ce qui le dépasse infiniment.

Il est vrai que les utopies révolutionnaires du 20 ème siècle ont montré à loisir la folie que pouvait produireune vision parfaitement et symétriquement opposée a celle ci et qui serait que l’homme peut faire table rase de tout et créer un monde issu de l’arbitraire de ses rêves ou de ses raisonnements abstraits . La vision d’une humanité toute puissante devant la réalité est aussi fausse que celle d’une humanité réduite à l’obéissance et à répéter indéfiniment ce qui a été fait par les générations antérieures. Les idéologies progressistes ont pu pécher par suffisance et balayer en pensée des réalités bien plus durables que leurs catéchismes bien pensants, mais l’idée d’une dignité liée à l’exercice d’une liberté, et donc d’une responsabilité, est bien plus haute que celle d’une soumission acceptée et même revendiquée au nom du respect pour les générations qui ont vécu auparavant. La création de l’Etat d’Israel en est un des plus beaux exemples. Fallait il, au nom du passé et des traditions, perpétuer l’abaissement et la dépendance dans lesquels vivaient les juifs, jusqu’à la conclusion de l’extermination?

AF démonte très efficacement la mécanique de la logique des contre révolutionnaires ( De Maistre, Bonald, etc.) et la ramène à leur but profond:”enseigner la soumission aux hommes, leur donner la religion du pouvoir établi,, substituer “l’évidence de l’autorité à l’autorité de l’évidence”. Comme il le remarque,, ils dénoncent fanatiquement la pénétration de l’esprit d’examen dans la sphère religieuse et s’”emploient à mater le doute, à enchaîner la raison”. Pour eux ,” plus un ordre est ancestral, plus il mérite d’être préservé, et la valeur des institutions est fixée par leur ancienneté, non par leur proximité avec un modèle idéal.”.

Contre les Lumières qui ont choisi comme devise “Sapere aude”, ose savoir, ose braver tous les conformismes, “aie le courage de te servir de ton propre entendement, sans le secours d’un directeur de conscience ou la béquille des idées reçues”, ils proclament leur amour du préjugé: “Le préjugé est bon en son temps, déclare Herder, car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre,les rattache solidement à leur souche,les rend plus florissants selon leur caractère propre,plus ardents et par conséquent plus heureux dans leurs penchants et leurs buts”.

Nation contractuelle ou Nation organique

AF expose bien comment le développement du positivisme remet en question les certitudes des Lumières et comment les sciences de l’inconscient divulguent la logique des lois et des croyances qui échappait aux Lumières, mais l’exemple de l’Alsace,qui parle allemand et est de culture allemande, et qui pourtant choisit de rester française oblige par exemple Renan à réviser ses certitudes. Il est ainsi prouvé que “l’idiome, la constitution héréditaire ou la tradition n’exercent pas sur les individus l’empire absolu que tendent à leur conférer les sciences humaines. Il est ainsi prouvé que le sentiment national ne résulte pas d’une détermination inconsciente, mais d’une libre détermination.” . Renan, qui combattait cette idée, fait maintenant de la nation l’objet d’un pacte implicite quotidiennement scellé entre ceux qui la composent. “Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et d e ceux que l’on est disposé à faire. Elle suppose un passé: elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible:le consentement, le désir clairement exprimé de poursuivre la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours.” Ainsi, “ce n’est pas le Volkgeist, communauté organique de sang et de sol ou de moeurs et d’histoire, qui soumet à sa loi les comportements individus c’est le concours volontaire des individus qui forme les nations.

Les positions soutenues par AF dans ce livre penchaient clairement vers la défense de la conception contractuelle de la Nation, celle des Lumières, avec cependant un intérêt et une sensibilité pur les thèses romantiques.

En 1991, dans la revue ethnologique “Terrain”, il écrivait pourtant: “Après coup, il m’a paru que dans ce livre, j’avais adhéré un peu trop naïvement aux Lumières. Certes, l’idéal de l’universalité rest le mien,(…) mais je ne peux plus dire: face aux dégats provoqués par le Romantisme,revenons aux Lumières. Car nous sommes les héritiers de l’un et des autres; les héritiers de ce qu’ils ont chacun de grand,mais aussi de l’impasse ou chacun nous a mis: le Romantisme, avec le risque d’enfermer les hommes dans leurs appartenances, et les Lumières , avec le triomphe de la raison instrumentale et de la technique.

Un début de virage s’opérait là, même si le refus du sectarisme philosophique pouvait se défendre. Dans le même texte, il apportait une nouvelle formulation,belle, de l’idéal des Lumières ,comme celui de la critique et de l’”arrachement”, et le caractérisait comme la part de l’héritage occidental qui méritait d’être conservée.

Mais AF disait en même temps qu’il travaillait à une évaluation plus positive du Romantisme

Dans le livre “L’ingratitude”, la bascule s’accentuait, et le balancier repassait du côté du Romantisme. Par un renversement complet,AF donne ses nouvelles formulations qui laissent de côté la définition des nations qu’il approuvait dans “la défaite de la pensée”.

Nation politique et Nation culturelle

“La Nation dont la France a proclamé la souveraineté à la face du monde,dit il, ce n’est pas une identité qui s’exprime, ce sont des citoyens qui récusent le statut de sujet que leur a légué l’Histoire et que leur impose la religion à travers l’axiome paulinien que tout pouvoir vient de Dieu”.” Ce n’est pas un ethnos qui fait valoir ses droits (?), c’est un demos qui s’insurge contre les abus du roi”.” La Nation, dit il, transforme les hommes attachés à leurs croyances particulières en hommes universels et rationnels. Bref, la France a légué au monde une définition de la nation politique et non pas culturelle. Le Français se sent avant tout citoyen dit Louis Dumont,et la France, pour lui, c’est la Démocratie, la république,et s’il est un peu instruit, il dira que la France a montrét au monde la voie des droits de l’homme et du citoyen, qu’elle est l’institutrice du genre humain

Mais pour AF ce gain de liberté signifie maintenant une perte d’identité, et l’homme soumis à ses propres lois renie son passé, son histoire et son identité culturelle. Ses mots deviennent de plus en plus durs. IL parle de l’”idéologie française”, des penseurs “superfrançais” pour attaquer ceux, les penseurs allemands contemporains par exemple,qui veulent “dénationaliser la démocratie”, “découpler la loyauté républicaine et la communauté de destin historique, prôner la remise en cause des filiations culturelles au profit de l’assentiment donné à des institutions et à des symboles politiques relevant de l’universalisable. Il oppose à ces discours universalisateurs le général De Gaulle, “qui plaçait plus haut que tout la sauvegarde des “patries charnelles”, il ironise sur le ‘postnationalisme” des allemands échaudés par le nationalisme nazi,qui prennent parti contre le nationalisme culturel quebecquois.

Sommes nous ,avant toute autre chose,des héritiers,ou bien n’estce qu’une dimension parmi d’autres?

Au fil du livre, dont le titre, “l’ingratitude”, donne l’axe essentiel, le plaidoyer devient de plus en plus passionné ,et violent,

L’interviewer, le quebecquois Antoine Robitaille, finit par lui poser la question: ce discours n’est il pas purement et simplement un discours conservateur?

La réponse de AF est ambigüe. La description, très juste , qu’il donne du discours conservateur correspond cependant tout à fait à ce qu’il dit lui même.

Le conservateur, dit il,né en réaction à la Révolution Française,c’est d’abord l’homme qui proteste contre les droits de l’homme. Burke “soutient que le lengage des droits de l’homme attente aux conditions d’une vie humaine. La Déclaration fait des hommes des individus, alors qu’ils sont avant tout des héritiers, etque l’Etatdoit se concevoir comme une association non seulement entre les vivants , mais entre les vivants et les morts et tous ceux qui vont naître.”

Au rebours de “l’orgueilleuse raison des Lumières”, la “sagesse conservatrice” fait crédit aux morts, c’est à dire à la raison cachée dans les coutumes ,dans les institutions, dans les idées reçues

“A l’homme en général, le conservateur oppose des traditions particulières .A l’abstraction, l’autorité de l’expérience. Au “chimèrique individu”, la réalité effective de l’être social. Aux revendications présentes, la piété envers le passé.

Thomas Paine, au contraire, polémiquant avec Burke, “dénonce cette apologie de la provenance, de la circonspection, et de l’humilité. L’égalité et la liberté,, affirme t il en substance ne régissent pas seulement les rapports entre les contemporains, mais ceux que les hommes d’aujourd’hui entretiennent avec les générations défuntes. Le passé n’est plus péremptoire, il est périmé;”

Il déclare: “Je défends les droits des vivants, et je m’efforce d’empêcher qu’ils soient aliénés , altérés ou diminués par l’autorité usurpée des morts”.

AF appelle à la rescousse Hannah Arendt et affirme que elle prend,( avec lui), le parti du conservateur dans cette polémique. L’homme nu, réduit à lui même,extrait de toute communauté,de tout ancrage, c’est la personne déplacée, l’apatride, tel qu’on l’ a rencontré au XX ème siècle, et qu’elle évoque dans “Les origines du totalitarisme”.

Sauf que l’apatride, ainsi dénommé sur le plan administratif, est tout sauf un homme sans mémoire, sans histoire et sans références. La démonstration est trop belle pour être vraie.Et jusque dans les camps d’internement, ils gardent leur appartenance, leurs affiliations partisanes, etc. C’est au contraire cette description dramatique de l’homme privé de références qui est mythique et mystificatrice, parce que un tel homme n’existe pas, même dans les camps. La référence à l’universel ne dépouille pas l’homme de ses dimensions, elle lui en ajoute une. C’est le consevateur qui crée lui même une abstraction pour pouvoir étayer sa lutte contre les abstractions.

AF evite pourtant une vision trop simplificatrice et univoque en affirmant que Hannah Arendt est “à la fois ” conservatrice et non conservatrice.”

Conservatrice, parce que “elle a peur pour la trame symbolique, la communauté de sens qui nous relie non seulement à nos contemporains, mais aussi à ceux qui sont morts et à ceux qui viendront après nous. Elle a peur pour le passé , pour le temps humain, pour la continuité qu’instituent les objets et les oeuvres, pour le cadre durable au sein duquel peuvent se déployer l’action et la création.

Pas conservatrice, car elle n’aspire pas davantage au rétablissement de l’ordre qu’à l’instauration d’une société organique ou les tâches s’accompliraient naturellement, sans discussion,sans intervention, sans projet, indépendamment des volontés individuelles. IL ne s’agit en aucune façon de restreindre la faculté d’agir à ce que la tradition prescrit ou de fondre la multiplicité des personnes dans l’unité substantielle d’on ne sait quel Volkgeist. Le monde dont elle se soucie est bien un héritage, mais cet héritage ne se présente ni comme unmodèle de comportement,ni comme une identité collective.

Que conclure de cette évolution de AF, reconnue par lui même?

Visiblement, le centre de sa préoccupation s’est déplacé au fil du temps. Sa vision de l’homme s’est de plus en plus rapprochée de celle des anti Lumières , l’homme s’est de plus en plus identifié pour lui à l’héritier. Finalement pour lui, ce sont les déterminations inconscientes (le jeu de la langue, le poids de l’histoire (“l’histoire, c’est le code”) qui donnent sa vraie nature à l’individu. Un peu comme les psychanalystes qui identifient leur patient à son inconscient, oubliant que Freud n’avait jamais pensé une telle chose, puisque pour lui,”Là où Ca était, Je dois advenir”. L’arrachement qu’il admirait chez les Lumières est devenu pour lui synonyme de dé-solation, d’abandon des devoirs et des dettes, d’illusion présomptueuse et sa vision du monde a tourné à la nostagie, comme le lui suggérait un peu son ami interviewer. Il est devenu de plus en plus identifié au sentiment de responsabilité dans le maintien des éléments d’enracinement culturel des peuples et des individus, dont il s’affirme de plus en plus comme le gardien.

Pourtant, sa réflexion reste d’une acuité exceptionnelle, la matière de pensée qu’il brasse fournit des matériaux extrêmement riches pour l’élaboration des questions portant sur les questions vitales dans le monde actuel que sont les identités individuelles et collectives, le sentiment national et la nature des nations, la transmission des cultures et la défense des “petites nations”. Sa pensée, qui a évolué dans le sens d’un conservatisme éclairé reste vivante et évolutive, et originale dans le paysage politique et philosophique français

JUIFS ET CHRETIENS: LE DEBAT ENTRE A.FINKIELKRAUT ET P.THIBAUD

novembre 11, 2007

A partir de l’entretien publié par Le Monde du 12/11/2007

Le débat s’engage sur ce qui a changé entre chrétiens et juifs depuis les lendemains de la Shoah.

AF reconnaît que depuis cette période l’Eglise a rompu avec ce que Jean XXIII appelait “l’enseignement du mépris”. Il expose sa théorie qui est que, “hérité de Saint Paul,le mépris chrétien visait le “juif charnel”. Il se fondait sur une opposition tranchée entre l’esprit et la chair. L’esprit, c’était la foi. Et la chair, c’était principalement deux choses:la filiation et la convoitise”

Ce qu’il entend par la chair, c’est non seulement la concupiscence,le désir, dont on ne voit pas très bien pourquoi les juifs seraien les seuls porteurs,mais leur attachement à l’origine, à l’héritage, et le refus de l’universalisme chrétien ,de ce que il appelle “la religion de l’humanité” , conçu comme une vision abstraite,”désaffiliée et déterritorialisée”(P.T.).

A.F. se livre à une attaque en règle contre cette “religion de l’humanité”, c’està dire “l’universalisation du semblable” et ” la condamnation de tout ce qui divise ou sépare les hommes” Il développe l’idée que l’Europe, “née à Auschwitz”, s’est bâtie sur une conception selon laquelle elle devait se “désoriginer”, se défaire d’elle même et ne garder de son héritage que les droits de l’homme; “Vacuité substantielle, tolérance radicale” tel est, dit il,d’après le sociologue Ulrich Beck, le secret de l’Europe. Nous ne sommes rien, c’est la condition préalable pour que nous ne soyons fermés à rien ni à personne.

Développant cette critique de l’universalisme abstrait , qui refuse le droit à la particularité au nom d’un moralisme impersonnel, il dit que ce nouvel universalisme bien pensant fait honte aux juifs de garder leur attachement à leurs racines, à leur être historique. Ainsi en arrive t’on selon lui, à ce paradoxe que” l’Eglise abandonne la réprobation du juif “charnel” et que la démocratie la reprend fièrement.”

C’estcette “nouvelle religion “qui fait le procès du donné, de l’appartenance,bref de la chair et des juifs qui s’entêtent à lui demeurer fidèles.
La deuxième partie de l’entretien part de la préparation d’une nouvelle conférence internationale de Durban. La première, on se rappelle, avait donné libre cours à un déchaînement de haine anti occidentale, antiisraelienne et antijuive, orchestré par les délégations du tiers monde noyautées par les lobbies islamistes, sous pretexte de lutte contre le racisme et l’intolérance.A.F. exprime sa crainte que, s’il n’y apas de réaction des pays occidentaux et de la France, Israel et l’Occident soient encore plus les boucs émissaires des malheurs de l’Afrique et de la stagnation du monde arabo-musulman.

Comment réagir à ceux qui désignent notre civilisation comme leur ennemi?

“Ce n’est pas nous qui choisissons notre ennemi, c’est l’ennemi qui nous choisit ” dit il en citant Carl Schmitt .

“Devons nous réagir? Ceux qui s’y refusent, en tous cas ne sont pas animés par l’esprit de paix, mais par une autre idée de la guerre: la guerre civile mondiale qui oppose les dominés aux dominants, c’est à dire l’axe Washington-Tel-Aviv. La révolte des dominés, dans cette optique est légitime, et ses formes les plus violentes toujours excusables. Et bien non, l’Occident ce n’est pas seulement la domination, ce n’est pas seulement le crime,, c’est un monde qui mérite d’être entretenu et perpétué.

Le troisième axe de l’entretien est la reprise par A.F. de ce qui, selon lui, “caractérise les grands penseurs juifs du XX ème siècle:Levinas, Harendt, Jonas; c’est à dire leur insistance sur le thème de la responsabilité. Répondre del’Autre, répondre du monde, répondre de la culture et de l’expérience des belles choses, et répondre de la terre; il ne s’agit plus de réaliser les grandes espérances, mais d’être ému et requis par la fragilité.” Cette proposition qu’il fait “d’humanité à l’humanité a du mal à se faire entendre, car ce qui règne aujourd’hui, c’est le cynisme associé au sentimentalisme”.

La conclusion est tirée parP.T. qui cite Tocqueville disant que le patriotisme est la première des vertus -pas la plus haute. La première, celle qui déclenche toutes les autres, l’implication politique étant pour lui le moyen classique de faire échapper la morale à l’abstraction, pour qu’elle devienne exigence vécue et partagée.

Lien recommandé: interview de A.Finkielkraut dans la revue d’ethnologie “TERRAIN” numéro consacré aux nations, en Europe,dans lequel il évoque l’évolution de sa pensée sur l’opposition Lumières/Romantisme depuis son ouvrage: La défaîte de la pensée  (octobre 1991)

http://terrain.revues.org/document3013.html

LA REVOLTE DES JUIVES ORTHODOXES EN ISRAEL

novembre 5, 2007

LA REVOLTE DES JUIVES ORTHODOXES EN ISRAEL

(d’après un article du Figaro du 20/08/2007 de Patrick Saint Paul)

« Dans le bus de la ligne 40 de Jérusalem, les hommes montent par l’avant, alors que les femmes montent par une entrée séparée à l’arrière. Les hommes s’assoient à l’avant dans le sens de la circulation, tournant volontairement le dos aux femmes, cantonnées à l’arrière. Qu’une passagère tente de s’infiltrer à l’avant, elle sera expulsée vers le fond. Un groupe de femmes appartenant à cette communauté religieuse est entré en rébellion. En lançant une action en justice contre la ségrégation dans les transports en commun, elles espèrent aussi contrer la radicalisation des « hommes en noir » et leur influence grandissante sur la société israélienne .

L’écrivain féministe Naomi Ragen a pris la tête de la révolte. Victime d’une agression dans ce contexte à bord du bus 40, elle vient d’intenter un procès au Ministère des Transports et à la compagnie de bus.

De plus en plus nombreuse (7 enfants par famille en moyenne),la communauté ultra orthodoxe représente aujourd’hui un tiers des habitants de la ville sainte, dont le maire. Les deux principales compagnies de bus se sont adaptées et une trentaine de bus pratiquent désormais la ségrégation. Dans des quartiers ultraorthodoxes, certaines banques imposent des guichets séparés pour les hommes et les femmes

Dans un arrêt retentissant,un rabbin éminent a interdit aux femmes d’accéder à des diplômes universitaires Depuis quelques mois, des « patrouilles de la pudeur » s’en prennent aux femmes vêtues de façon « provocante » qui circulent dans les quartiers « haredim » (ultraorthodoxes).

La crainte de la tentation sexuelle est permanente dans la société ultraorthodoxe. Les femmes doivent adopter une tenue pudique qui implique de cacher ses cheveux, ses bras et même ses chevilles. Tout contact physique avec un homme autre que son mari est interdit à la femme au point que elle ne doit jamais se trouver seule avec lui. Ces contraintes limitent fortement les capacités de sortie des femmes, que ce soit pour les sorties ou le travail. Les ultraorthodoxes rejettent toute une part de la modernité occidentale et considèrent le monde qui les entoure comme une source permanente de perversion. La TV et la publicité sont une source d’ »images explicites » qui ne sont pas les bienvenues, notamment parce qu’elles peuvent propager les valeurs d’indépendance de l’individu, d’égalité des religions et des sexes. Les haredim vivent généralement en marge de la société laïque, dans leurs quartiers et sous la direction de leurs rabbins, seule source de pouvoir pleinement légitime à leurs yeux. Ainsi Joel Kreuz n’utilise que les téléphones portables kasher,sans accès à Internet ni aux SMS. Il s’est débarassé de son ordinateur lorsqu’Internet a fait son apparition, pour ne pas être exposé aux images occidentales. IL n’a jamais vu un film de sa vie. Il juge positive la séparation totale imposée aux femmes dans certains régimes islamiques. Un rabbin affirme remercier trois fois par jour l’Eternel pour la création des bus séparés. « La séparation entre hommes et femmes est un principe fondamental de la loi juive , dit il . On se porte mieux lorsqu’on ne voit pas les femmes » . »

Cet article montre clairement la profonde parenté qui relie tous les mouvements fondamentalistes , juifs et musulmans surtout, dans leur refus viscéral de la modernité, de la démocratie, de la liberté individuelle et de l’égalité des sexes .

SUPERMAN, UN HEROS JUIF

novembre 3, 2007

d’après l’article du Monde du 25/10/2007 de S. Blumenfeld et YM Labé au sujet de l’exposition du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.

L’exposition du MAHJ “De Superman au chat du Rabbin, bande dessinée et mémoires juives” montre le rôle déterminant des auteurs juifs dans la bande dessinée américaine. “Personne ne pourra plus l’ignorer après avoir visité l’exposition du MAHJ, Superman est juif. Ne pas le savoir ne change rien au plaisir pris à la lecture des aventures du super-héros. Mais en prendre connaissance permet de mieux saisir comment, et pourquoi, la minorité juive aux Etats Unis a utilisé la bande dessinée pour, dans une première phase, raconter sa proprre histoire, puis, modifier, de manière aussi inattendue qu’imprévisible, la culture populaire de son pays d’accueil”.

” De 1910 à 1921, les immigrés arrivés à Ellis Island, et parmi eux une forte population de juifs d’Europe Centrale, racontent dans la presse leurs premiers pas en Amérique, leur vie quotidienne et le choc des cultures dans les quartiers New Yorkais du Lower East Side, du Bronx et de Brooklin. La presse écrite, alors média de masse , publie des comics strips… L’exposition montre que dans la période qui sépare la Grande dépression de la guerre froide, l’industrie de la bande dessinée devient en grande partie juive, et dépasse de loin le simple cadre de la presse yiddish pour toucher l’imaginaire populaire.

Le dessinateur Will Eisner voit dans l’apparition du Super héros, à partir du succès de Superman, en 1938, l’expression d’un particularisme juif. “Le Golem, une créature d’argile façonnée par un rabbin pour protéger le sjuifs de Prague, selon une légende juive du XVI ème siècle, est le précurseur de la mythologie du super-héros. Les juifs, persécutés depuis des siècles en Europe, avaient besoin d’un héros capable de les protéger des forces obscures. Siegel et Shuster, les créateurs de Superman, l’ont inventé”.

De fait, presque tous les créateurs de superhéros sont juifs, originaires d’europe centrale:Bob Kane(Batman), Will Eisner(Le Spirit), Jack Kirby(Les Quatre fantastiques,Hulk, les X-Men), Joe Simon(Captain America), et Stan Lee(Spiderman).

“Logiquement, Superman croise le fer avec les nazis, suivi plus tard par Captain America et Les Quatre Fantastiques. Ce qui apparaît, dans un premier temps, comme un désir de voir les Etats Unis s’investir dans le second conflit mondialet, plus tard, comme la réparation fantasmatique d’une catastrophe-la destruction des Juifs d’Europe- qu’aucune armée alliée n’a pu éviter

L’exposition s’intéresse aussi à d’autres dessinateurs juifs (Art Spiegelman pour Maus, Robert Crumb,Jules Feiffer,etc.)

Exposition ouverte jusqu’au27 Janvier 2008