SIMONE VEIL: UNE FEMME DE COURAGE ET D’OUVERTURE

Compte rendu de lecture de sa biographie parue chez Stock: “Une vie”.

La biographie de Simone Veil est un document passionnant sur la trajectoire d’une femme, survivante d’Auschwitz, ministre à deux reprises, inspiratrice et défenseur d’une loi sur l’avortement qui a révolutionné la condition des femmes en France, membre du Conseil Constitutionnel ,puis de la HALDE, pratiquement une des rares politiques à être restée après son passage par l’excercice du pouvoir une autorité morale incontestée et une conscience respectée de pratiquement tous les bords, ainsi qu’une personnalité aimée et admirée.

Issue d’une famille juive installée en France depuis le 18 ème siècle, élevée de façon rigoureusement laïque, elle explique dans son livre son positionnement vis à vis de cette origine par le fait que elle était “amoureuse de la France”. Israël semble avoir tenu peu de place dans son univers, sinon comme foyer de refuge pour les survivants de la Shoah privés de lieu d’existence supportable.

Son caractère apparaît forgé très tôt, quand , à 16 ans et demi, à Auschwitz, une kapo lui proposant , touchée par sa jeunesse et sa beauté, de la sauver en lui évitant les tâches les plus dures et en lui donnant accès aux cuisines et donc à la nourriture, elle refuse si la proposition n’est pas étendue à sa mère et à sa soeur… ce que la kapo accepte.

Elle défendra ensuite avec énergie une conception de l’attitude des Français pendant la guerre à l’opposé du tableau méprisable (tous collabos,tous dénonciateurs) dressé par une tendance historienne qui prenait le contre-pied du tableau idéalisant (tous résistants) de l’immédiat après guerre.

En particulier, elle rapporte comment elle s’est opposée au passage à la TV du “Chagrin et le Pitié”, à cause du tableau inexact et complaisamment dénonciateur et négatif qu’il dressait de la France pendant l’occupation, alors que 75 % des juifs français ont échappé à la mort, (chiffre le plus élévé en Europe), et cele en grande partie grace au soutien plus ou moins actif de la population ou de parties de l’administration.

Elle critique également ceux qui ont accusé les Alliés de crime en ne bombardant pas Auschwitz en disant que les Alliés ont eu raison de ne pas cesser de privilégier l’effort pour finir la guerre au plus vite,dans la course à l’arme atomique avec l’Allemagne , et devant le peu d’efficacité des quelques tentatives qui ont eu lieu.

Elle critique aussi vertement Hannah Arendt , et son compte rendu du procès Eichmann, où celle-ci a développé sa thèse de “la banalité du mal”, ce qui conduit pour elleà “tous coupables= personne vraiment coupable”.

Le portrait qui se dégage est celui d’une femme passionnée par son métier et son action de réforme et d’amélioration des institutions en France, aspirée par le monde de la politique en lisière duquel elle fonctionnait (dans les cabinets ministériels) , poursuivant la recherche de ses idéaux démocratiques, européens et sociaux , reconnue pour sa stature éthique et son exigence , refusant de se plier aux jeux politiciens et de rechercher toujours plus de pouvoir.

Sa trajectoire montre la constance d’une préoccupation sociale et moderniste, détachée d’un milieu d’origine bourgeois et conservateur, tout en se gardant des illusions et des incompétences de certains milieux de gauche . Elle parle avec modération et compréhension de Mai 68, et a toujours manifesté une extrême défiance à l’égard du gaullisme, autoritaire et souverainiste, même si elle apporte son soutien à Sarkosy, représentant à ses yeux de cette modernité qu’elle a toujours apprécié chez ses amis politiques.

La noblesse de caractère et l’ouverture d’esprit sont assez rares dans le monde politique pour que , quand quelqu’un allie les deux, on lui tire son chapeau.

Georges Blond

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