LA VISITE DE LA FANFARE: UN SUPERBE FILM ISRAELIEN

By gb

Le premier film de Eran Kolirin, jeune réalisateur israelien de 34 ans, est un coup de maître, un petit chef d’oeuvre de finesse, de subtilité psychologique et de respect pour les êtres , regardés avec humour, chaleur humaine, et lucidité sur la façon dont les souffrances individuelles pèsent plus dans les existences que les grandes retombées des déterminations historiques.

L’histoire est celle de la mésaventure d’un orchestre de la police d’Alexandrie , invité à une cérémonie d’inauguration, qui échoue par erreur dans une ville israelienne , ou ils sont accueillis par des habitants, d’abord ébahis, puis qui leur offrent leur hospitalité, en attendant que la situation soit remise en ordre.

L’humour et la tendresse humaine avec lesquels sont décrits ces êtres,”paumés” géographiquement ou historiquement, est délicieux. La noblesse d’esprit, le sens de la tradition mêlé de ringardise complète , qui caractérise les musiciens egyptiens ,leur décalage immense avec le monde décontracté et hypermoderne des israeliens, l’opposition entre leur langage cérémonieux et lle discours ultra-direct de leurs interlocuteurs, tout cela constitue un tableau délicat de la façon dont la réalité est éloignée des clichés qui séparent les deux peuples.

La façon dont peu à peu un lien se développe, fait de curiosité étonnée et de respect réciproque grandissant , la tentative des israéliens de rentrer en communication avec les égyptiens, pudiques et réservés, l’effort pour aller audelà de l’écart des univers et retrouver ce qui est la base de l’humanité: l’envie de se parler, de confronter les expériences de difficulté vitale, le besoin de chaleur humaine, crée un récit d’une humanité forte et très touchante.

Les portraits des principaux protagonistes, l’israelienne qui organise l’accueil de ces naufragés, le chef de la fanfare, merveilleux de retenue et de densité humaine , le beau garçon égyptien, qui aidera un jeune israelien à aller vers une jeune fille que sa timidité lui rendait tragiquement inaccessible, sont merveilleux de sensibilité et de justesse.

La figure de l’israelienne, interprétée de façon sensationnelle par Ronit Elkabetz se détache par sa beauté , son ouverture à autrui, et la richesse de son clavier expressif .

Un vrai régal, et la preuve que les conflits régionaux peuvent ne pas rendre aveugle à la réalité et à la qualité des êtres humains qui se trouvent placés en opposition par les péripéties de l’histoire. La preuve également de la vitalité et de l’intérêt de ce cinéma israelien qui échappe au manichéisme des affrontements identitaires, et, au contraire, peut porter la critique de son regard sur son propre camp, défendant la vérité avant l’ efficacité ou l’utilité visées par les politiques .

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