Archives pour janvier 2008

OPINION LIBRE:GAZA ET LA PLACE D’ISRAEL AU PROCHE ORIENT

janvier 27, 2008

La tournure que prennent les évènements à Gaza avec la destruction par le Hamas de la barrière frontalière avec l’Egypte, et l’impuissance, en tout cas actuelle, de l’Egypte comme d’Israël à trouver une parade aux coups de force des islamistes constitue un élément supplémentaire d’inquiétude qui vient s’ajouter à l’impunité avec laquelle l’Iran continue sa marche forcée vers l’acquisition de la bombe atomique. La conjonction de la vague islamiste mondiale avec la violence des revendications identitaires dans le monde musulman, le recul politique de l’Occident avec l’échec prévisible de l’engagement américain en Irak, le retour sur la scène des puissances ex communistes (Russie et Chine, portées l’une par ses extraordinaires ressources énergétiques, l’autre par l’élan formidable de sa montée en puissance économique),elles-mêmes mues par un nationalisme anti occidental qui rejoint la haine qui bouillonne dans les pays arabes, la vulnérabilité des pays arabes alliés de l’Occident, tous ces facteurs font craindre que des nouvelles épreuves attendent l’Etat Israelien dans les années qui viennent.

Le pouvoir de nuisance de la Syrie au Liban, protégée par le fait que cela pourrait être pire si la dictature s’effondrait,comme en Irak (ce qui montre que dans les pays arabes, la question de la démocratie n’est pas la question d’actualité, car l’irruption des masses incultes sur la scène politique favorise les groupes extrêmistes et ultra traditionalistes, qui rassurent démagogiquement ces populations effrayées par la modernité face à laquelle leurs structures sociales claniques sont désadaptées) montre là aussi les limites de l’efficacité démocratique dans cette région. Le Hezbollah, après avoir résisté avec succès à l’offensive israélienne mal conduite de la dernière guerre au Liban, renforce son arsenal militaire qui menace maintenant les principales villes d’Israel, tout en paralysant toute la vie politique du Liban, multiplie les menaces et les provocations, espérant visiblement prendre le pouvoir à l’occasion de la première faiblesse de la démocratie libanaise, tout en affirmant que son but, comme celui de ses maîtres iraniens, est la disparition complète de l’”entité sioniste”.

Le Liban est un exemple inquiétant de la façon dont les islamistes arrivent à s’intriquer dans le tissu social de façon indémêlable,même sans qu’il y ait nécessairement un nationalisme dont l’islamisme prend le relais.

Au Sud, le Hamas, aussi virulent que le Hezbollah au Nord, mais pas encore aussi puissant, continue de harceler avec ses roquettes l’Etat Hébreu, sans que ce terrorisme à distance puisse être neutralisé, mais seulement limité. Son dernier coup de force à la frontière égyptienne menace le régime égyptien par sa possible jonction avec l’opposition des Frères Musulmans en Egypte, auxquels le régime ne résiste que avec beaucoup de difficultés.

Face à cette montée des périls, dont on voit bien que les moyens militaires puissants d’Israël n’arrivent pas à venir à bout, car l’usage de sa puissance est limité par le fait que les populations civiles sont à chaque fois utilisée comme “bouclier humain” , et que des pertes civiles trop lourdes isoleraient tellement Israël de ses alliés et des pays arabes modérés que le prix serait insupportable, il ne reste que l’action politique, et une évolution de la situation des négociations avec les Palestiniens.

Seule une création d’un état palestinien vivable (et non un bantoustan qui ne résoudrait en rien la soif de nation des palestiniens) permettrait de détourner la violence créée par cette aspiration aussi légitime que celle des israeliens ,vers un travail de construction d’un pays, et pourrait faire passer les revendications maximalistes de certains au rang d’un irrédentisme résiduel et sans vrai pouvoir de nuisance. Ceci nécessiterait que la politique israélienne soit claire et profite de la division des palestiniens en modérés et extremistes, Fatah et Hamas. La “fenêtre” de possibilité d’accord risque de se fermer à chaque moment, à chaque provocation meurtrière entraînant une réponse aussi meurtrière, ressoudant les deux camps palestiniens, ou faisant basculer les palestiniens dans une surenchère extremiste, dont ils restent toujours dangereusement proches.

La survie d’Israël, qui nécessite à terme que il ne soit pas en permanence soumis à la peur de la destruction, ni dépendant des autres pour l’éviter, ne peut passer que par cette solution. La majorité de la population semble bien l’avoir compris, qui accepte maintenant le principe de cette existence d’un état palestinien, mais c’est le système politique israelien, avec le poids politique des petits partis religieux et extrêmistes, qui freine cette issue.

Là ou Ariel Sharon disposait de l’autorité et du prestige personnel capable d’entraîner le pays dans cette voie, Olmert, faible et déconsidéré, n’est apparemment pas l’homme de la situation. Arrivera-t-il à surmonter ces faiblesses pour ouvrir une perspective de paix (relative au moins) dans la région? Cela devrait se vérifier rapidement, car le compte à rebours de l’échec est commencé.

N’hésitez pas à donner votre avis et à envoyer un commentaire…

LIVRES DES MONDES JUIFS

janvier 15, 2008


Sous l’égide de l’AEJC – Association pour l’enseignement du Judaïsme comme culture; Président Izio Rosenman

RETENEZ LA DATE !

FAITES CIRCULER !

Samedi 19 janvier 2008 de 20h30 à 22h30

Dimanche 20 janvier 2008 de 11h à 22h30

Hôtel Lutétia, Paris 6e

Une soirée et une journée de dialogues entre écrivains et penseurs de diverses origines, autour de livres portant sur des thématiques juives. Toutes les rencontres seront suivies d’un échange de questions/réponses avec le public. Les auteurs invités signeront leurs livres dans l’espace librairie

En partenariat avec la Fondation du Judaïsme français

Avec le soutien de la Fondation Rothschild-Institut Alain de Rothschild, de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et de la Mairie de Paris

Renseignements: Barbara OUDIZ, Directrice des rencontres

Tél. 09 62 02 10 09; courriel: livresdesmondesjuifs@gmail.com

www.livresdesmondesjuifs.com

Partenaires médias : Akadem.org, France Culture, Transfuge


PROGRAMME

SAMEDI 19 janvier 20h30 à 22h30

Portes ouvertes à partir de 20h

20h30-22h EN AVANT PREMIERE : RENCONTRE AVEC A.B. YEHOSHUA

En avant première de la sortie, en février 2008, de son nouveau roman, Un Feu amical (éd. Calmann-Lévy), le romancier, essayiste et militant pour la paix israélien A.B. Yehoshua* présentera son nouveau livre et parlera de l’ensemble de son œuvre avec Anny Dayan Rosenman, Maître de conférence en littérature à l’Université de Paris 7- Diderot.

* Un Feu amical (Calmann-Lévy février 2008) ; Le Responsable des ressources humaines (2005), Israël, un examen moral (2004) ; La Mariée libérée (2003), Voyage vers l’an Mil (1998)…

DIMANCHE 20 janvier de 11h à 22h30

Portes ouvertes à partir de 10h30

11h-12h30 « Diasporas en dialogue » RELIGION, VIOLENCE ET SOCIETE

Dialogue à trois voix entre Elie Barnavi (Les Religions meurtrières; Flammarion 2006) historien, directeur du comité scientifique du Musée de l’Europe à Bruxelles et ancien ambassadeur d’Israël à Paris ; Julia Kristeva (Cet incroyable besoin de croire, Bayard 2007), écrivain et psychanalyste ; et Abdelwahab Meddeb (Sortir de la Malédiction ; L’islam entre civilisation et barbarie, le Seuil 2008) écrivain et animateur de l’émission « Cultures d’Islam » à France Culture. Les auteurs aborderont le sujet sous l’angle historique, psychanalytique et sociologique. Séance animée par Jean-Luc Pouthier, directeur du mensuel Le Monde de la Bible .

14h30 -16h DANS LA PEAU DE L’AUTRE

L’écrivain et psychanalyste Philippe Grimbert, dans son roman Un Secret (Grasset 2004) évoque l’histoire de sa jeunesse placée sous le signe d’un frère disparu ; l’écrivain et critique littéraire Clémence Boulouque dans Nuit Ouverte (Flammarion 2007) dresse le portrait de la première femme rabbin du monde ; morte à Auschwitz en 1944, et Karine Tuil dans Douce France (Grasset 2007), en se glissant dans la peau d’une clandestine d’aujourd’hui, se pose la question « Sommes-nous tous des immigrés ? ». Séance animée par Raphaël Enthoven , écrivain et animateur de l’émission « Les Chemins de la Connaissance » à France Culture.


16h30- 17h30 RENCONTRE AVEC ERRI DE LUCA

Romancier, essayiste, alpiniste, fin connaisseur de la Bible, de l’hébreu et du yiddish qu’il a appris en autodidacte, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire Erri de Luca*. Il s’entretiendra avec Raphaëlle Rérolle, spécialiste de littérature étrangère au Monde des Livres .

Sur la trace de Nives (Gallimard 2006), Comme une langue au palais (2006), Essais de réponse (2005), Noyau d’Olive (2004), Montedideo (2002), Trois Chevaux (2001) …

18h- 19h15 ODESSA, VILLE MYTHIQUE

Ville où foisonnent, à la fin du 19e siècle, la pègre aussi bien que les arts, et particulièrement la vie littéraire juive, Odessa n’a cessé de fasciner des générations d’écrivains. Le romancier américain Jerome Charyn (Sténo sauvage, La Vie et la mort d’Isaac Babel, Mercure de France, 2007) et l’écrivain Sandrine Treiner (Le Gout d’Odessa, Mercure de France 2005 ) feront revivre en dialogue les grandes légendes odessites et le personnage d’Isaac Babel, accompagnés de musiques traditionnelles d’Odessa et de lectures de textes.

20h30- 22h VIVRE MALGRE TOUT

Que l’on soit juif, rwandais ou cambodgien, la question traverse les générations et les continents : comment fait un peuple, comment font des individus, pour continuer à vivre après un génocide ? Avec Jean Hatzfeld, écrivain et journaliste (La Stratégie des Antilopes , le Seuil, Prix Médicis 2007, 3ème volet sur le Rwanda) ; Claude Lanzmann, réalisateur ( Shoah 1985), et Rithy Panh, (sous réserve) réalisateur (S21, La machine de mort Khmer Rouge 2003). Séance animée par Franck Nouchi du journal Le Monde.

Participation aux frais : samedi (rencontre avec AB Yehoshua) 8€ ; dimanche (forfait de 5 rencontres) 10€; samedi soir et dimanche (forfait de 6 rencontres) 12€. Réduction étudiants : 2€

CONTRIBUTIONS

VOUS POUVEZ SOUTENIR CES RENCONTRES en envoyant un chèque à partir de 100€ à l’ordre de la Fondation du Judaïsme français, 72 rue de Bellechasse, 75007 Paris (indiquez au dos : « Livres des mondes juifs »). Ces dons feront l’objet de l’établissement, par les soins de la Fondation, d’un reçu libératoire. Ils ouvrent droit aux déductions fiscales actuellement en vigueur, soit 66% pour les particuliers déductibles des impôts dans la limite de 20% du revenu imposable (pour les entreprises : 60% dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires). Les donateurs bénéficieront d’une entrée gratuite à toutes les rencontres.



DIASPORAS EN DIALOGUE

janvier 13, 2008

Affiche rencontres

L’ECOLE JUIVE AU BORD DU DIVORCE AVEC LA REPUBLIQUE

janvier 9, 2008

(d’après un article du “Monde de l’Education” de Janvier 2008)

Des anecdotes glanées au hasard, collées bout à bout, suggèrent que l’école juive, (en plein essor), glisserait vers le communautarisme: ici, une directrice parisienne interdit un partenariat avec un établissement de province” parce qu’il n’est pas juif”;là,” quand on demande aux élèves de dessiner leur drapeau, ils gribouillent spontanément l’étendart israëlien.”

“Certaines écoles juives recrutent leurs élèves sur critères religieux. C’est une discrimination interdite par le contrat d’association, un sacré marqueur de communautarisme ” dit un inspecteur général.

Il suffit pour vérifier,de décrocher son téléphone, de jouer une mère pressée d’inscrire son fils. Presque partout les secrétariats réclament la ketouba, le document certifiant le mariage religieux des parents, prouvant leur confession comme celle de l’enfant. Sinon? “Cette attestation de judaïsme est obligatoire, désolé.” réplique-t-on.. Pour les couples mixtes-père juif, mère goy-même tarif, pas d’admission possible: parce que la judéité se transmet par la mère, celle ci doit entamer une conversion pour décrocher une place, fournir un certificat signé du consistoire. Si certaines écoles font exception , en particulier celle de l’ORT, ces pratiques illégales sont aujourd’hui largement répandues.

A l’institut André et Rina Neher, qui forme des professeurs d’établissements juifs, le nouveau directeur, Benjamin Touati, justifie cette entaille au contrat:”Ca ne rime à rien d’accueillir des élèves athées ou catholiques pour leur imposer les commandements de la Torah. C’est aussi un moyen de prévenir, chez nos enfants, les mariages mixtes… (!!!)N’y voyez pas un rejet de l’autre: pour le judaïsme, c’est une question de survie”.

Si nombre d’équipes entretiennent un esprit d’ouverture, le tableau peut s’assombrir dans les écoles du mouvement loubavitch,ultraorthodoxe et messianique, en plein essor(22 % des effectifs). Deux responsables débattent en ces termes:l’un d’eux dit:”sans les loubavitch,leur activisme, quasiment leur prosélytisme, les juifs de France sont condamnés à disparaître d’ici trois générations. Ils mettent pourtant le reste de la communauté sous pression, la poussent à se communautariser…”

Les traditionalistes et les orthodoxes sont les principaux utilisateurs de l’école juive en france, indique une étude publiée par le Fond Social Juif Unifié.. 77 % des parents l’ont choisie pour transmettre une culture, 70 % pour permettre à leurs enfants de pratiquer la religion et “seulement” 32% pour les préserver de l’antisémitisme.
Raphael Elmaleh, auteur d’”Une histoire de l’éducation juive moderne en France” n’y voit pas un repli généralisé, mais décrit quand même des familles désorientées: “Certaines prennent la Torah pour GPS, d’autres Israël; je veux croire que la majorité réfléchit, continue de s’interroger sur son rapport à la cité. Ce qui est sur, c’est que l’école juive transformait hier de petits juifs en petits Français; et qu’on lui demande aujourd’hui de métamorphoser de petits Français en patits juifs.

COMMENT JE SUIS DEVENU FRANCAIS, UN LIVRE DE JACQUELINE REMY

janvier 7, 2008

“Un pays, c’est un peu comme une famille. On est souvent trop près, ou trop loin pour savoir le regarder Comment dessiner cette identité française que nous ne savons plus définir. Coment s’imprègne-t-on peu à peu d’un pays, comment se défait on insensiblement de sa nationalité d’antan pour en épouser une autre, à quel moment la bascule s’opère, quelle relation énigmatique garde-t-on avec son lieu de naissance”, c’est ce qu’a cherché à éclairer J.Remy dans ce livre d’interviews qui cherche, par ce détour,à répondre à ces questions: le concept d’identité nationale a-t-il encore du sens; par quelle subtile alchimie nous sentons nous appartenir à un pays à moins que cela soit lui qui nous appartienne dès lors que nous décidons d’en prendre possession?”

“Tout se passe comme si la France traversait une profonde crise existentielle, comme si elle ne savait plus qui elle est ni quels ressorts l’animent Attribuer un porte- feuille ministériel à l’identité nationale, c’estun peu comme instaurer un secrétariat d’Etat au vice ou à la vertu. L’identité nationale ne se fixe ni ne se fige. Elle ne relève pas d’un gouvernement, sauf dans les régimes totalitaires, mais de l’histoire d’un pays, de son éthique collective, de l’éducation qu’il entend donner aux générations qui préparent son avenir. Ce sont ces valeurs qui font tenir les Français ensemble, celles de la République, héritées des Lumières: laïcité, égalité entre les hommes et les femmes, liberté de pensée et d’expression. Les Français l’oublient parfois,et, tout à leur individualisme, ne savent plus quel projet ils ont en commun.”

“Vivre ici quand on est né ailleurs, épouser la nationalité française quand on est issu d’un autre pays, c’est un peu comme aimer deux êtres à la fois”.

A travers les témoignages de ces 20 personnalités , souvent connues, qui témoignent, Jacqueline Remy nous fait mesurer qu’un homme ou une femme ne peut être résumé à sa nationalité, de même qu’il ne peut l’être à son son sexe, à son âge, à son ethnie, à sa religion, à son origine sociale ou géographique. On sait aussi qu’un changement de nationalité ne peut se résumer à une formalité juridique ni à une équation politique. Adopter un pays, sa langue, son peuple, c’est l’embrasser. Une histoire de parfums, de saveurs, de beautés, de culture, d’idéaux, d’icônes et de héros, de paysages et de rencontres.”

LA VISITE DE LA FANFARE: CONTE MORAL AUTOUR DU THEME D’UNE HUMANITE PARTAGEE

janvier 5, 2008

Commentaire de Edwige Encaoua à propos du film :

Faut-il risquer le plus difficile à dire pour que les armes tombent ? Interviewée pour son rôle de Dina dans le film récent d’Eran Kolirin, « La visite de la fanfare », l’actrice israélienne Ronit Elkabetz justifie son choix en ces termes: « C’est le grand cœur du personnage de Dina qui m’a touché. Sa manière d’accueillir Tewfiq les bras ouverts, sans préjugés, sans peur, libre du poids du passé ou du futur, vivant complètement dans le présent… »

Il me semble très juste, en effet, de souligner l’ouverture exceptionnelle de cette femme sur laquelle, d’ailleurs, tout le film se construit. Celui-ci nous donne à voir ce que peut produire cette ouverture et cette liberté et ces effets nous sont montrés avec pudeur, émotion, et souvent grâce à une inventivité langagière qui est la grande trouvaille de ce film : aux limites des mots, il y a encore les mots.

Cette inventivité et cette justesse langagière, certains diront pré-langagière, vont permettre que l’on se parle au niveau de ce qui est habituellement tu, et qui, paradoxalement, est en même temps, le plus communément partagé.

Au contact de Dina, les différents protagonistes vont en effet se dépouiller de leur position de prestance pour oser l’éveil à l’autre, l’émotion, le partage pudique de ce qui, au-delà des différences, convoque chacun : l’intime.

L’autre qui va être évoqué est l’autre du rapport amoureux, fugitif ou engagé, toujours raté d’une certaine manière, car toujours marqué d’un malentendu à coté duquel on ne peut passer, tant, en relever le défi est au cœur de ce qui fait l’essentiel de notre humanité.

Ainsi, tous les protagonistes seront amenés par les circonstances, à tourner autour de ces questions, ce qui ouvrira un espace d’implication exceptionnel entre eux. Celui-ci, aussi fugitif et provisoire soit-il se révélera extrêmement précieux pour chacun, et du même coup, dans le même mouvement et dans le même temps, précieux aussi pour le spectateur soudainement concerné en son intériorité.

Avec une extrême finesse, et une talentueuse sobriété, grâce à l’art d’une musique inscrite dans un registre universel (Jazz, Chet Baker) et qui nous transporte dans le vécu sans mots de nos émotions premières, ce film nous montre que chacun a sa part de solitude, mais aussi que chacun peut trouver en lui, avec l’autre, les moyens de la briser.

Ce que nous dit Eran Kolirin du choix de cette musique est révélateur de son projet : « Il était nécessaire de placer la musique en territoire neutre, qui n’appartient à aucune des deux cultures israéliennes et arabes…, le rapprochement israélo-arabe ne se fera pas forcément au moyen de grands discours politiques, mais plutôt dans une humanité partagée qui se révèle au quotidien ».

Quand on sait, par ailleurs, que les acteurs qui jouent les rôles des musiciens de la fanfare égyptienne sont des palestiniens, et que sur le tournage, l’ambiance était très chaleureuse et marquée par très grand respect entre palestiniens et israéliens, alors, on se dit que la réalisation de ce film, sa concrétisation même, a participé de ce que ce qu’il veut nous dire et nous montrer, il est la réalisation donc, d’une coïncidence précieuse et rare.

Un film subtil que je recommande.

Edwige Encaoua