OPINION LIBRE :DEFENDRE LE JUDAISME OU DEFENDRE LES JUIFS ?

A l’heure ou la question de l’identité juive hors de la religion se pose avec une insistance grandissante d’un coté, et ou de l’autre les inquiétudes sur l’avenir de l’Etat hébreu vont croissantes avec les progrès de l’islamisme extremiste et le danger nucléaire iranien, il devient important d’éclairer les choix qui se présentent aux juifs de la Diaspora

La multiplication des mariages mixtes, la réduction de la croyance religieuse, la dilution dans la population générale font que objectivement , le mode de vie juif se réduit, les traditions se perdent, malgré la volonté d’une minorité de faire des efforts pour les faire survivre.

Clairement,un monde s’efface,celui qui liait une foi et des rites , et même une langue, le Yiddish,effacement aussi bien lié au recul général des religions que à l’assimilation qui ne rencontre plus les obstacles antérieurs, et à la disparition d’une partie de cet univers avec la population détruite dans la Shoah.

Cette disparition produit une réaction de refus de la part de la génération de ceux qui ont suivi la génération détruite ou rescapée de la Shoah, et qui se sentent coupables de ne pas maintenir la continuité des 20 siècles ou le peuple juif a préservé son existence en l’accrochant à la religion et en s’identifiant à cette religion.

Mais comment maintenir en vie un peuple qui s’est confondu avec une religion quand la foi n’est plus là?

Israel a été une réponse partielle à cette question. L’acquisition d’un Etat, la résurrection d’une langue qui est redevenue vivante , la transformation d’une nature, la reconquête d’une fierté, ont justifié la création d’un Etat qui a pris la succession de l’Etat juif initial, au prix d’un fait accompli qui a suscité des problèmes de plus en plus lourds. La nation juive a vécu une renaissance qui a stupéfié le monde, et par ce seul fait, a justifié son existence. Car la justification des nations, c’est leur apport à l’humanité, et l’apport d’Israel, c’est la dignité retrouvée,la fin de la soumission, l’arrêt des humiliations subies sans riposte.C’est l’illustration du droit à l’autodéfense des agressés, la reconquête d’une humanité par ceux à qui elle a été déniée pendant des millénaires.

Le problème n ‘est pas que celui de la survie du peuple juif. Il est avant tout des conditions de sa survie, et même l’hypothèse la plus terrible, celle d’une défaite israelienne, et d’un éventuel autre génocide, nucléaire, ne changera pas cette donnée nouvelle: les juifs ne se laisseront plus faire sans se battre, les assassins paieront le prix de leurs crimes.

L’histoire du peuple juif est exemplaire pour l’humanité, pas seulement parce que elle démontre, à son détriment, les ressources de sauvagerie qui existent dans la nature humaine, mais parce que elle est symbolique de ce qui est vital de dignité pour que l’existence vaille d’être vécue, et des capacités de regagner une dignité humaine qui a été perdue ou détruite du fait d’autres humains.

Bien plus que le mythe biblique, qui a participé à la civilisation du monde entier, c’est l’histoire concrète de ce peuple, qui fait symbole universel de la résistance à l’esclavage,et à la déshumanisation: Il a symbolisé ces deux faces de l’humanité: la capacité à produire de l’inhumain et le pouvoir de perdre, mais aussi de retrouver une humanité perdue.

De cela, les juifs doivent être éternellement reconnaissants à Israel et à ceux qui ont construit ce pays. L’identité de ce peuple est avant tout celle de ce destin: perte et restauration de l’humanité.et d’une fierté humaine; La Shoah et Israel sont les deux faces indissociables, et rapprochées chronologiquement d’un être au monde qui s’est détaché de la religion à laquelle il avait suspendu son identité et sa lutte pour ne pas cesser d’exister.

Comme une fusée qui largue son premier étage pour s’adapter à des conditions différentes de pesanteur et de densité de l’atmosphère, l’identité juive doit se rebâtir sur le tournant qu’ont constitué la naissance d’Israel et la Shoah.Sans victimisation, mais en s’adossant à cette insécurité du gain de l’humain sur la barbarie, sans moralisme, mais dans la prise en considération de la dimension éthique des choix politiques et stratégiques qui s’imposent, sans angélisme et sans faiblesse.

Les traces de l’intrication de l’identité juive avec la religion sont gravées dans la mémoire juive, mais ce n’est pas la remise au goût du jour de souvenirs qui fera vivre le peuple juif. C’est la dialectique vivante entre les questions d’existence à résoudre au jour le jour et les effets du destin juif sur les consciences qui créera une pensée juive, visible dans les productions de la culture moderne (cinéma, romans, pensée philosophique, morale et politique) et dans la vie politique et citoyenne, c’est à dire l’Histoire en train de se faire.

Les Juifs de la Diaspora ont donc un devoir de solidarité et de défense de l’Etat israelien, en dehors de leurs devoirs de citoyens français, et de solidarité et de défense de leur communauté, et un devoir de penser les implications politiques et historiques du destin juif, de la place de la tradition et de la religion dans la question de l’identité d’un groupe, une obligation de réfléchir à la question de l’identité sans tomber dans le repli identitaire qui menace actuellement.

La Diaspora doit accepter de n’être que ce qu’elle est: une fraction du peuple juif, dont le destin se détermine plus sur sa terre d’origine que dans les pays ou elle est diluée, comme c’est le cas pour toutes les diasporas, ce qui ne veut pas dire qu’elle est sans importance. La lutte pour déterminer qui a le droit de parler au nom du peuple juif, Diaspora ou Etat israelien, est stupide. Mais la volonté de la Diaspora de représenter l’essence du peuple juif est l’expression de la nostalgie d’un mode de vie ancien, qui traduit la tendance à figer l’histoire dans le passé ,propre a l’histoire juive et à son regard tourné vers le passé.

La haine qui poursuit les juifs, qu’ils soient dispersés en diaspora ou rassemblés sur la terre juive, continue, qu’on le veuille ou non, a être le lien ombilical qui les relie à leur destin, bien plus que la pensée de tous les grands penseurs juifs. Cette haine se développe maintenant dans le sillage de l’islamisme extrêmiste, qui se répand à la surface du globe comme une infection, réduisant à néant l’espoir né après guerre d’une disparition des racismes extrêmistes.C’est cette position au carrefour des passions humaines qui définit les coordonnées de l’identité juive, liée à cette négation d’elle qui l’a entourée pendant 20 siècles

Le repli sur le religieux est une erreur grave qui choisit l’identité passée contre l’identité actuelle, et rabat l’être juif sur une vision d’un monde rétracté dans un ghetto intellectuel , dans un temps figé , qui fait du juif un objet pour gardien de musée. Les racines d’un arbre ne sont pas cet arbre, et ce qui fait la valeur de l’arbre, c’est sa ramure, son feuillage et éventuellement ses fruits.

G.Blond

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