L’ECOLE JUIVE AU BORD DU DIVORCE AVEC LA REPUBLIQUE
(d’après un article du “Monde de l’Education” de Janvier 2008)
Des anecdotes glanées au hasard, collées bout à bout, suggèrent que l’école juive, (en plein essor), glisserait vers le communautarisme: ici, une directrice parisienne interdit un partenariat avec un établissement de province” parce qu’il n’est pas juif”;là,” quand on demande aux élèves de dessiner leur drapeau, ils gribouillent spontanément l’étendart israëlien.”
“Certaines écoles juives recrutent leurs élèves sur critères religieux. C’est une discrimination interdite par le contrat d’association, un sacré marqueur de communautarisme ” dit un inspecteur général.
Il suffit pour vérifier,de décrocher son téléphone, de jouer une mère pressée d’inscrire son fils. Presque partout les secrétariats réclament la ketouba, le document certifiant le mariage religieux des parents, prouvant leur confession comme celle de l’enfant. Sinon? “Cette attestation de judaïsme est obligatoire, désolé.” réplique-t-on.. Pour les couples mixtes-père juif, mère goy-même tarif, pas d’admission possible: parce que la judéité se transmet par la mère, celle ci doit entamer une conversion pour décrocher une place, fournir un certificat signé du consistoire. Si certaines écoles font exception , en particulier celle de l’ORT, ces pratiques illégales sont aujourd’hui largement répandues.
A l’institut André et Rina Neher, qui forme des professeurs d’établissements juifs, le nouveau directeur, Benjamin Touati, justifie cette entaille au contrat:”Ca ne rime à rien d’accueillir des élèves athées ou catholiques pour leur imposer les commandements de la Torah. C’est aussi un moyen de prévenir, chez nos enfants, les mariages mixtes… (!!!)N’y voyez pas un rejet de l’autre: pour le judaïsme, c’est une question de survie”.
Si nombre d’équipes entretiennent un esprit d’ouverture, le tableau peut s’assombrir dans les écoles du mouvement loubavitch,ultraorthodoxe et messianique, en plein essor(22 % des effectifs). Deux responsables débattent en ces termes:l’un d’eux dit:”sans les loubavitch,leur activisme, quasiment leur prosélytisme, les juifs de France sont condamnés à disparaître d’ici trois générations. Ils mettent pourtant le reste de la communauté sous pression, la poussent à se communautariser…”
Les traditionalistes et les orthodoxes sont les principaux utilisateurs de l’école juive en france, indique une étude publiée par le Fond Social Juif Unifié.. 77 % des parents l’ont choisie pour transmettre une culture, 70 % pour permettre à leurs enfants de pratiquer la religion et “seulement” 32% pour les préserver de l’antisémitisme.
Raphael Elmaleh, auteur d’”Une histoire de l’éducation juive moderne en France” n’y voit pas un repli généralisé, mais décrit quand même des familles désorientées: “Certaines prennent la Torah pour GPS, d’autres Israël; je veux croire que la majorité réfléchit, continue de s’interroger sur son rapport à la cité. Ce qui est sur, c’est que l’école juive transformait hier de petits juifs en petits Français; et qu’on lui demande aujourd’hui de métamorphoser de petits Français en patits juifs.