OPINION LIBRE:L’ARCHEVEQUE DE CANTERBURY, LA CHARIA, ET LA POUSSEE POLITIQUE DES RELIGIEUX
L’annonce faite par l’archevêque de Canterbury, chef de l’Eglise Anglicane, de ce qu’il pense qu’il “faudra” appliquer la charia, au moins partiellement, en Grande Bretagne, pour “éviter une ségrégation des populations musulmanes”, montre l’évolution inquiétante et rapide des idées et l’offensive générale lancée par les Eglises contre la laïcité dans tout le monde occidental.
La coïncidence de ces déclarations consternantes avec celles de Sarkozy affichant publiquement ses croyances catholiques et défendant l’idée que seule la religion peut donner sens aux existences humaines, et avec les prises de position de l’Eglise Espagnole invitant les Espagnols à voter contre la Gauche pour défendre les options catholiques concernant l’avortement et le mariage homosexuel, montre que il s’agit bien d’une volonté de relever la tête des partisans d’un rôle politique de l’Eglise dans la vie des Etats, ce qui est la définition même de la remise en question de la laïcité fondée sur l’idée que la religion est une opinion privée.
On constate ainsi une convergence des trois religions monothéistes dans ce but, et un soutien réciproque qui aboutit à une alliance tacite dont les signes se multiplient. Le paradoxe est que un mouvement de cette sorte, qui possède une dimension positive, par le fait de s’appuyer sur ce que ces religions partagent, ce qui entraîne une diminution du racisme et du mépris des unes envers les autres, aboutit à la désignation d’un ennemi commun, qui est l’autonomie de l’Etat par rapport aux Eglises. Dans tous les domaines, les Eglises revendiquent de plus en plus un droit de regard et leur autodésignation comme référent moral de l’identité et des valeurs de la population.
Le mélange de cette promotion du pouvoir politique de l’Eglise et d’un “politiquement correct” effrayant par son absence de toute réflexion politique aboutit à ces dérives qui nous menacent d’un retour en arrière à l’époque de l’affrontement entre” pouvoir temporel” (les empereurs et les rois en Europe) et “pouvoir spirituel” ( évêques et pape).
Déja, au Canada, on avait assisté à la même dérive, la justice ayant entériné des jugement selon la “charia”. Ce n’est pas un hasard si c’est dans le monde anglo-saxon ,très engagé dans une vue communautariste des rapports entre groupe ethniques, que se développe un tel discours qui aboutit à la dissolution de l’idée d’une Loi identique pour tous, fondatrice d’une nation et des libertés, au profit de la légalisation de traditions communautaires, entérinant les pratiques les plus barbares au nom du respect de l’identité des peuples.
Même si l’archevêque a pris soin de préciser que cette acceptation de la Charia n’irait pas jusqu’à l’acceptation de châtiments du genre amputation, lapidation, ou flagellation (on le remercie), il ne s’agit que de discuter du degré de cette acceptation, non du principe.
Cette reviviscence de la volonté d’influence politique des Eglises s’appuie sur le phénomène mondial de la déliquescence des idéologies universalistes du siècle précédent (communisme,fascisme, socialisme) ,face auquel la mondialisation n’apporte que insécurité, sentiment d’impuissance, et pragmatisme cynique, sans parler de l’érosion des identités nationales.
La religion réapparaît aux yeux d’une part des masses comme la seule idéologie universaliste capable de résister à l’utilitarisme dont la vie économique donne l’exemple tous les jours. La démocratie n’est plus conquérante, ( la dernière tentative de l’étendre par la force en Irak ayant fait la démonstration de sa vanité). La religion apparaît donc pour certains comme le seul ensemble de pensée cohérent préfabriqué utilisable pour structurer les existences de ceux qui sont perdus devant l’illisibilité du monde moderne, et les hiérarchies religieuses tentent d’en profiter pour restructurer en même temps les institutions politiques, juridiques et sociales de façon à établir des positions stratégiques difficiles à reconquérir pour les partisans de la laïcité.
Certains politiques, soit par options religieuses personnelles, soit par opportunisme cyniquement conscient d’un nouveau levier populiste à manier, n’hésitent pas à jouer cette carte et à accélérer le processus.
Cette orientation rejoint les intérêts politiques de certains Etats, (pays arabes, Chine, etc) qui s’appuient sur l’idée d’une non universalité des Droits de l’Homme pour justifier des régimes dictatoriaux au nom des “traditions” propres à leurs cultures. La démonstration risque d’en être faite bientôt avec l’adoption qui se prépare par la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, dirigée par la Lybie(!), de la vision de ces droits par les Arabes: le sionisme y est décrit comme une atteinte aux droits fondamentaux, mais pas le sort réservé aux femmes dans ces pays
Il ne faut pas laisser sans réplique ces attaques contre le gain précieux qu’a été pour la France, et pour d’autres pays, la laïcité, c’est à dire l’autonomie du politique sur le religieux, face à ceux qui rêvent, catholiques, musulmans et juifs, de nous ramener cinq siècles en arrière au temps ou les Eglises réglaient leurs comptes avec la pensée de façon barbare.
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Georges Blond